ZAC Ivry Confluences : fin de la concertation ?

Alors que 42 % de son programme immobilier reste à engager, La ZAC Confluences va entrer dans une nouvelle étape en 2026 : fin du contrat de l’équipe de maitrise d’œuvre,  révision de sa programmation après l’effondrement du marché de l’immobilier de bureaux et  nécessité de résorber son déficit important.

Urbanicc considère que ce contexte offre l’opportunité de réinterroger les grandes orientations de la ZAC et son plan masse, après un bilan des premières phases, en concertation avec les habitants, anciens et nouveaux. Ceux-ci expriment en effet des inquiétudes sur les densités, la programmation des équipements publics, la végétalisation de proximité, la gestion de la vie quotidienne du nouveau quartier, les commerces…

Or cette attente d’une concertation autour d’un bilan et des nouvelles orientations n’est pas pris en compte

Que sont devenues les promesses électorales ?

Lors de la campagne des élections municipales, Urbanicc  a interrogé les candidats sur leurs intentions avant de lancer la dernière phase de la ZAC Confluences avec la question suivante : « vous engagez- vous à réaliser un bilan des réalisations et à organiser un débat public ? ».

A cette question, Philippe Bouyssou, candidat, avait répondu :

« Le bilan financier à terminaison de la ZAC est une préoccupation majeure. J’ai demandé à la Sadev et à l’Uaps une vision synthétique et précise de ce qui reste à faire, des marges de manœuvre et de l’état de l’équilibre financier afin de disposer d’un rapport que je mettrai à disposition des habitants…….. Nous allons devoir travailler en toute transparence avec la future assemblée communale et avec les habitants, car nous devrons faire des choix structurels pour le redresser ».

Or ce n’est pas ce qui semble se dessiner à la lecture de l’appel à candidatures lancé par la ville pour le recrutement de l’équipe de maitrise d’œuvre qui sera chargée de la coordination des opérations des dernières tranches de la ZAC. Nous sommes en effet très surpris de découvrir que le dossier de cet appel à candidatures comporte un nouveau plan programme/plan masse de la ZAC qui apporte d’importantes modifications ( plan qui guide les constructions dans la ZAC). Cette évolution du plan masse n’a fait l’objet d’aucun débat public.

Il est également étonnant qu’un nouveau plan masse traduisant de nouvelles orientations programmatiques et financières n’ait pas été débattu en conseil municipal. Or tous les candidats à l’élection municipale, se faisant l’écho des interrogations des habitants, souhaitaient une évaluation des premières phases de la ZAC, préalablement à la poursuite des opérations.

Par ailleurs nous rappellerons que depuis plus de 1 an et demi il n’existe plus de dispositif de concertation dans le cadre de la ZAC Ivry Confluences, que la Miroiterie, considérée par les habitants comme la maison du projet, a été fermée. Cette disparition de tout espace d’information/ concertation interroge, d’autant que le chantier de la construction du nouveau quartier va encore s’étaler sur une dizaine d’années.

Pourtant P. Bouyssou, candidat, répondait à Urbanicc « qu’il partageait le constat d’insatisfaction » d’une concertation jugée « cosmétique » par les habitants. 

Quelles réponses aux nombreuses interrogations des habitants à ce stade de la ZAC ?

Environ  60% de la programmation de la ZAC est livrée et en partie habitée. Aussi les habitants, pour certains installés depuis plus de 10 ans, sont à même de faire valoir leur expertise d’usage. Il est regrettable que les différentes expériences d’habiter un immeuble, un quartier, tant des anciens que des nouveaux habitants ne soient pas considérées comme une ressource par les experts, les élus décideurs, les aménageurs et les promoteurs pour poursuivre et ajuster les réalisations.

A ce stade de l’émergence du nouveau quartier, les questions des habitants concernent notamment la santé dans l’habitat, la vie de proximité, l’attractivité du quartier, sa cohésion, sa qualité urbaine, son niveau d’équipement :

  • Les conséquences du réchauffement climatique sont-elles suffisamment prises en compte ? 
    • Quels sont les choix architecturaux et urbains adoptés, les plus efficaces pour apporter un confort d’été ? Quels sont ceux qui à l’expérience n’apportent pas de réponse satisfaisante ?  
    • Comment expliquer que les 2 groupes scolaires les plus récents de la ZAC aient dû être fermés pendant les dernières périodes caniculaires ?
    • Les densités retenues à l’échelle des lots ne créent-elles pas des puits de chaleur ?
    • L’équilibre nécessaire entre le végétal et le minéral a-t-il été bien pris en compte aux différentes échelles, quartier et proximité ? Quelles mesures correctives sont prévues pour traiter la forte minéralisation de la 1ére phase ?
  • Comment est traitée la question cruciale des équipements scolaires ?
    • Des indices font état d’un fort évitement scolaire dans les 2 groupes scolaires récents du quartier (maternelle/primaire) , au sein d’une  ZAC qui a fait de la mixité urbaine et sociale un objectif central.  Quelle analyse de cette tendance et quelles mesures partenariales pour l’infléchir ?
    • La programmation des autres groupes scolaires est -elle en capacité d’accompagner les prévisions des flux d’arrivée des nouvelles familles ?
  • Ne risque -t-on pas d’aboutir à un « quartier dortoir » compte tenu des faibles résultats de l’objectif affiché d’un « quartier productif » ?
    • Les premières phases de la ZAC ne sont pas parvenues à préserver le réseau de petites entreprises et d’activités artisanales existantes : Quelle offre de locaux abordables est envisagée pour maintenir ce qu’il reste de ce réseau et développer ce type d’activités ? Ne peut-il être envisagé de privilégier la remise en état de certains locaux existants plutôt qu’une systématique démolition/ reconstruction ?
    • Quel devenir des locaux d’activités tertiaires livrés et vacants ? Quelle occupation promouvoir dans les rez de chaussée d’immeuble ?
    • Quelle alternative à la programmation de locaux d’activités tertiaires qui constituait initialement une part importante des m2 à construire de  la ZAC ? 
  • Vers quelle nouvelle programmation de la ZAC s’oriente-t-on pour résorber le déficit et prendre en compte les tendances du marché immobilier ? 
    Quelles vont être les variables d’ajustement ?
    • L’augmentation de la densité qui est déjà vécue comme excessive par les habitants ?
    • L’augmentation du nombre de logements pour compenser l’effondrement du marché immobilier de bureaux ?  Outre le risque de créer  un quartier « dortoir », ce choix pourrait  mettre en péril les capacités de la ville à faire face aux besoins en équipements et à ses responsabilités de gestion.
    • L’abandon de certains aménagements ou équipements et/ ou la recherche d’économie au détriment de leur qualité ? 
  • Comment fonctionne   la mixité urbaine et sociale à l’échelle des îlots. Les conditions de réussite de cet objectif partagé par les habitants sont -elles réunies dans les différents ensembles immobiliers ?
    • Comment s’organise « le vivre ensemble » dans les différentes formes urbaines et architecturales mises en œuvre ? 
    • Comment sont vécues les densités adoptées à l’échelle des ensembles résidentiels ?
    • Quelle gestion de proximité se met en place pour garantir une bonne cohabitation ?
    • Quels dispositifs sont prévus pour traiter les conflits d’usage des espaces communs et publics de proximité ?
  • Comment prévenir le risque d’un quartier à « deux vitesses », maintes fois signalés par les habitants dans les réunions publiques ?
    • Quand sera programmée la requalification de la rue Lénine dont la dégradation s’accélère ? Quelle concertation sera mise en place ?
    • La réhabilitation de la cité des Fauconnières qui ne semble pas inscrite dans les premières priorités de la coop Yvry Habitat ne peut -elle être avancée ? Les conditions des habitants dans cette cité y sont en effet de plus en plus difficiles.
  • Les espaces verts publics livrés répondent-ils aux attentes des habitants ?
    • Comment sont-ils appropriés par les différents groupes sociaux et familiaux ?
    • Quels enseignements tirés des pratiques dans ces espaces, de leur gestion et de l’avis des usagers, pour les prochaines phases ?
  • Quelles solutions seront mobilisées pour répondre à l’insatisfaction des habitants concernant les commerces ? Vacance des commerces, manque de diversité, omniprésence d’enseignes nationales au détriment du commerce de proximité inquiètent en effet les habitants.
    • Quelle stratégie envisager pour reprendre la main sur la programmation commerciale et donner la priorité aux porteurs de projets locaux?
  • Quelle est la programmation en termes d’équipements de santé, sportifs, sociaux et culturels.
    • L’absence de visibilité de cette programmation crée de l’incertitude et entretient les inquiétudes.

A ce tournant de la ZAC, les habitants ont droit à un vrai débat public

Les habitants sont conscients de la contrainte que constitue l’ampleur du déficit de la ZAC.

Cependant le déficit ne peut justifier l’absence de concertation sur le choix de solutions qui vont peser sur le devenir du quartier.
Les habitants revendiquent le droit à la transparence sur les enjeux financiers de la ZAC et sur les arbitrages qui vont être opérés. 

L’apparition d’un nouveau plan masse/ plan programme, à l’occasion de l’appel à candidatures pour la nomination d’une équipe de maitrise d’œuvre constitue un signe pour les habitants que les arbitrages sont déjà faits et qu’il n’y a aucune place pour leur parole.  

Les habitants ne peuvent être privés d’un vrai débat démocratique sur des choix fondamentaux qui concernent leur environnement et leur cadre de vie. La concertation ne peut se réduire, une fois de plus à une simple information/ communication. 

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